Visite aux sans-papiers de la rue Royale (14/02/08)

Rédigé par : mouzonmelo classé dans : Archives

Comac LLN a rendu visite aux sans-papiers de la rue Royale le jeudi 14/02/08 pour discuter avec eux de leur situation. Voici le résumé et les impressions des deux membres qui se sont rendus sur place.

Caroline:

Mélodie et Caroline sont allées à Bruxelles, rue Royale ce jeudi 14 février pour rencontrer les grévistes sans papiers qui jeûnent depuis 48 jours maintenant. Certains sont dans un état de santé fort dégradé, d’autres se porte mieux mais aucune de ces 122 personnes n’a encore obtenu de réponse positive à leur demande de régularisation.

 

Nous sommes entrées dans plusieurs chambres de ce bâtiment de 5 étages pour écouter, poser des questions, recueillir des bouts de vie desquelles nous sommes si éloignés. Beaucoup nous disaient « Imaginez-vous ce qu’on vit, on se tue pour rester ici dans la légalité » et la seule réponse sincère qu’on pouvait leur rendre c’était « Non, on ne sait pas s’imaginer ce que vous vivez, on est trop éloigné des problèmes de ce type que pour comprendre réellement ce que vous vivez » et, on quittait chaque chambre en leur lançant simplement le banal refrain qui ne porte presque plus de sens en lui ; « Bon courage… »

 

Beaucoup de femmes qui font la grève sont aussi privées de voir leurs enfants. Elles disent avoir trop honte de se montrer la peau sur les os, elles veulent garder une dignité et rester la même maman, même si leurs fils et leurs filles pleurent leur absence.

 

La plupart de ces personnes sont en Belgique depuis 6 / 8 ans, mais certains y sont depuis 30 ans. Cela veut dire des années de peur et de difficultés mais aussi des années sans qu’ils avancent dans la construction d’une vie, sans pouvoir travailler légalement, acheter ou louer une maison, sans sécurité sociale, des années essayant d’être le moins visible possible avec la peur au ventre. Comme dit Sami, jeune homme de 26 ans, en Belgique depuis ses 18 ans : « J’avais une vie dans mon pays, je connais pas le dangereux, j’avais jamais connu une situation que je dors dehors (…) », « [sans papier] aucune solution qui permet que tu sois tranquille, même t’as un travail, même t’as une somme d’argent, même tu veux te promener au centre ville, même tu veux aller voir quelqu’un, tu dois faire toujours attention, (…) donc, comme la prison, t’es pas libre comme les gens », « 10 ans avec les mêmes problèmes mais jamais tu sais si tu vas rester même la situation ou si tu vas trouver une solution ».

 

Sami décrit la vie du clandestin qui n’a pas su se constituer un réseau social (il s’agit selon lui de 60% des sans papiers) : « Il dort dans la rue, dans la merde, souffre moralement, physiquement. Tout le monde croit qu’il est dangereux car, tellement il est fatigué moralement, physiquement, trouve la vie difficile, il arrive pas à ce débrouiller parce qu’il a peur de risquer de parler de sa situation aux gens. (…) La plupart des gens croient que c’est un voleur donc il n’y a personne pour lui parler quoi. Mais c’est pas quelqu’un de dangereux, c’est pas un voleur, c’est quelqu’un qui cherche des amis. (…) Ni carte d’identité, ni santé, ni avenir donc la police demande son origine, il accepte de dire la vérité, il passe quelques jours à la prison et se trouve dans son pays

Mélodie:

Jeudi 14 février. Nous nous rendons (Caroline et Mélodie) à la rue Royale à Bruxelles où depuis plus d’un mois et demi, des sans-papiers de toute nationalité ont entamé une grève de la faim. Sami nous accueille: il soutient la grève de la faim mais n’y participe pas. Le bâtiment où sont hébergé les sans-papiers est vaste: il comporte 5 étages. Le premier est réservé aux femmes, avec ou sans enfants. Le second abrite les familles tandis que le reste est destiné aux hommes. Les conditions de vie sont pénibles: les gens vivent les uns sur les autres, le chauffage ne fonctionne plus et l’électricité est absente dans certaines pièces. Pourtant, une certaine chaleur humaine est présente et réchauffe les coeurs: chacun s’entraide, se soutient dans cette épreuve difficile. Nous visitons d’abord la chambre des femmes kurdes au premier étage. Elles ont entamé la grève de la faim depuis le début, c’est-à-dire depuis le 1er janvier. L’une d’entre elles nous explique que c’est très difficile de survivre sans nourriture. Seuls un peu de sucre et de thé les aide à tenir le coup. Les 15 premiers jours sont les plus durs selon elle car la faim omniprésente est dure à supporter. Puis, après, l’estomac se bloque et la faim disparaît. Elle nous montre ses bras, si fins qu’on pourrait les briser d’un mouvement trop brusque. Elle raconte aussi que certaines femmes sont régulièrement emmenées à l’hôpital malgré les protestations de la police qui refuse souvent de les faire soigner. La plupart sont en Belgique depuis plus de 6 ans et désespèrent d’obtenir un jour des papiers.

Nous allons ensuite dans une deuxième chambre où logent des mères d’origine africaine avec leurs enfants. Elles sont venues soutenir les grévistes de la faim mais ne participent pas au mouvement car elles doivent s’occuper de leurs enfants. Pendant que leurs enfants jouent, elles font leur prière sur un tapis déplié vers la Mecque. Deux jeunes filles pakistanaises particpent à la grève. Elles semblent bien affaiblies et notre présence les réconforte un peu.

Dans la troisième chambre, nous retrouvons deux jeunes femmes musulmanes. L’une est Marocaine et vit là depuis plus d’un mois avec ses deux enfants, Laura et Adam. Le petit dernier est malade, ce qui rend la situation encore plus difficile. Pourtant, l’optimisme est de rigueur et leur accueil très chaleureux. Elles nous expliquent qu’on leur a proposé un nouveau permis de séjour, valide pendant 3 mois… Maigre consolation pour des gens qui se battent depuis si longtemps! Pendant que les petits s’amusent et que Laura nous montre le coeur qu’elle a réalisé pour la « fête des amoureux », Samira exprime son inquiétude face aux événements mais ne perd pas espoir. Le sourire qu’elle nous a adressé quand nous partons est un merveilleux cadeau!

Nous arrivons dans une petite pièce exposée aux courants d’air et où le froid vous glace directement. C’est là que dorment plus de 10 femmes, pour 7 matelas seulement… Une jeune Angolaise et Paradis, une Iranienne qui nous accompagne depuis le début, nous racontent leurs histoires. Elles sont en Belgique depuis 6 ans ou plus car elles ont fuit leur pays à cause du régime politique ou des conditions de vie. Elles logent chez des amis belges. Elle souhaitent être régularisées car sans papiers, elle ne pourront jamais trouver un travail décent et être payées correctement. Même si elles rêvent de retourner un jour dans leur pays, elle savent que leur vie est maintenant dans notre pays.

La dernière chambre que nous visitons est celle « des Equatoriens ». Cette chambre est un peu plus grande que les autres mais malgré tout, l’espace manque car ils sont à 17 à dormir là (15 hommes et 2 femmes). Les hommes ont commencé la grève début janvier tandis que les femmes les ont rejoints le 1er février. Une jeune femme m’explique qu’ils sont venus ici car ils voulaient une vie meilleure; ils pensaient oublier leur vie difficile en Equateur pour être heureux ici, dans un pays démocratique. Mais cela fait plus de 6 ans qu’ils procèdent à toutes les démarches administratives possibles et qu’ils n’obtiennent toujours rien… Son histoire me touche beaucoup et elle me remercie très chaleureusement de l’avoir écouté quelques instants.

Nous terminons notre visite en allant voir les étages supérieurs, réservés aux hommes. Nous ne sommes pas autorisées à entrer dans les chambres donc nous redescendons assez vite dans le noir car il n’y a pas d’électricité là-haut. En sortant du bâtiment, une seule chose nous vient à l’esprit: que cette grève de la faim, véritable appel au secours, soit entendu par les pouvoirs publics pour que ces gens puissent retrouver leur dignité et une place dans la société dans un pays qui, pour eux, est maintenant le leur…

 

N.B: Les sans-papiers ont arrêté leur grève de la faim le mardi 19 février. Un accord a été trouvé avec l’Office des Etrangers. Ils vont recevoir une attestation d’immatriculation qui leur permettra de vivre légalement en Belgique pour une période de trois mois. Ils devront, endéans ces trois mois, trouver un travail. Ils espèrent pouvoir ensuite être régularisés

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Résumé de la conférence du 22 octobre 2007 sur le séparatisme en Belgique

Rédigé par : mouzonmelo classé dans : Archives

Ce lundi 22 octobre était organisée par Comac une conférence sur le séparatisme en Belgique. Les deux intervenants qui ont animé cette conférence étaient Jean Pirotte, professeur émérite de l’UCL en histoire contemporaine et spécialiste du séparatisme ainsi que Herwig Lerouge, rédacteur en chef de la revue « Etudes marxistes » et spécialiste de l’extrême-droite néerlandophone.

 

Le premier intervenant, Jean Pirotte, a divisé son exposé en deux parties: un premier volet sur l’histoire de la Belgique pour mieux comprendre la situation actuelle et un deuxième volet où il a énuméré ses « considérations citoyennes sur l’Avenir. »

Tout d’abord, il a expliqué la naissance du nationalisme en Belgique. Les grands nationalismes européens sont nés au XIX° siècle et le nationalisme flamand a également émergé à cette époque. Ceux-ci sont exacerbés durant la Première Guerre Mondiale. Lors de la création de la Belgique, peu de gens croyaient à sa viabilité. Durant ce XIX° siècle, la Belgique est fortement influencée par le romantisme.

Le courant flamand est lui aussi apparu durant le XIX° siècle. Il va exalter la Flandres. Celle-ci est en pleine crise économique et les Flamands se réfugient en Wallonie pour trouver du travail. La Flandres subit aussi un sentiment d’infériorité culturelle (ils doivent apprendre le français comme le fait la bourgeoisie) et d’infériorité politique (la démocratie est incomplète: régime censitaire où les élus parlent tous français). A ce moment, l’idée qui est majoritaire est de créer un pays francophone.

En 1840 est organisé un pétitionnement pour promouvoir le Flamand comme langue. Cette pétition n’entraine que du mépris chez les bourgeois mais beaucoup d’estime chez les romantiques.

Par après, les deux guerres vont enflammer le nationalisme flamand: les collaborations avec les Allemands sont assez fréquentes en Flandres et les Flamands vont être favorisés par les Allemands durant la première guerre. Le fascisme (culturel, puis politique et économique) va influencer le mouvement Flamand.

Aujourd’hui, la Flandres est une région riche et prospère, bien plus que la Wallonie.

En ce qui concerne la Wallonie, elle était le moteur de l’économie belge au XIX° siècle. Le premier mouvement wallon défend l’idée d’une Belgique unie et l’obtention d’une capacité décisionnelle économique.

Depuis les années 60, la Belgique est passée d’un Etat unitaire à un Etat fédéral. La frontière linguistique a aussi été fixée définitivement. Il y a une opposition entre les mouvements de gauche et de droite, plus nostalgique.

Jean Pirotte termine son exposé par ses « considérations citoyennes ». Selon lui, la Belgique ne va pas se séparer tout de suite mais elle va subir de gros changements qui sont nécessaires pour sa survie. Il avance quelques arguements:

  1. Le mouvement flamand ne va pas s’arrêter de sitôt, il s’est amplifié sans cesse.

  2. La Belgique va continuer mais en se vidant de sa substance. Les 2 communautés vont continuer à s’ignorer. Le mal-être n’est pas que linguistique, il est plus profond. Le pays a toujours privilégié une culture du compromis. ==> séparation de biens.

  3. Et les Wallons? Et les Bruxellois? A droite, il y a un patriotisme nostalgique et à gauche, beaucoup se centrent sur la solidarité sociale. Personne n’a intérêt à humilier les Flamands et à s’opposer à eux. Les Wallons et les Bruxellois devraient plutôt renforcer leur cohésion interne car la Belgique unie ne verra jamais le jour…

 

Ensuite, Herwig Lerouge prend la parole en expliquant qu’il est « un vrai Belge » (né en Flandres mais habitant en Wallonie depuis des années). Il est bilingue et ses enfants aussi. Il fait partie des descendants des Flamands venus s’installer en Wallonie pour avoir une vie meilleure. Il est très attaché à la Belgique (« un état où il y a des millions de liens qui relient les gens entre eux… »).

Selon lui, derrière la réforme de l’Etat, il y a un agenda néo-libéral caché: le but est de diviser le monde ouvrier, ce qui va à contre-sens de l’Histoire. Les grandes multinationales jouent surtout sur la différence entre les salaires, les conditions de travail,…

Il est donc important de maintenir la solidarité entre les deux régions et communautés. Mais la menace de séparation est bien réelle.

Il expose ensuite différentes théories:

  1. Le fédéralisme pousse à la séparation (plus de politique fédérale)

  2. Avec la création des communautés, les Flamands et les Wallons ne regardent plus le même JT; il y a une séparation linguistique de la presse et donc un climat politique et culturel différent.

  3. Il y a une volonté d’une partie du monde politique Flamand d’obtenir de + en + de compétences pour le Gouvernement Flamand uniquement. Par exemple, contrôler les dépenses de la sécurité sociale.

Il évoque ensuite la presse en expliquant que tous les journaux flamands appartiennent à un groupe unique (excepté « De Morgen), ce qui entraine la diffusion d’une seule opinion politique. On peut donc interpréter de la même manière les 800 000 voix de Leterme: seule une partie du pays a pu voter pour cet homme, cela ne reflète pas l’avis général de toute la population et de plus, le syndicat chrétien flamand incite les Flamands à voter pour le CD&V.

La situation politique en Flandres il y a quelques années était bien différente de maintenant. Il y avait 2 partis séparatistes majoritaires: la Volksunie et le Vlaams Blokk (aujourd’hui: Vlaams Belang). La Volksunie était composée de 3 partis: Spirit (+ Spa) de gauche, la NVA (à droite, les + durs) et le VLD (libéraux).

Aux élections de juin, le CD&V s’est associé à la NVA pour avoir une majorité. Ces 3 morceaux de la Volksunie influencent fortement le monde politique Flamand.

Herwig Lerouge termine son discours en expliquant l’importance de mener une campagne CONTRE les tendances séparatistes. 2 arguments pour cela:

  • Les transferts

  • Les compétences homogènes: selon la NVA, l’éparpillement des compétences est nuisible à une bonne gestion. C’est pourquoi il faut les réunir au sein d’un seul pouvoir => régionalisation

Ces arguments sont utilisés pour mener une autre politique (Voka, VDAP( forem flamand),…). ==> plus du tout de solidarité…

Personne n’a un avantage à ce que la Belgique se sépare, il faut s’opposer à cette idée. C’est pourquoi Herwig Lerouge insiste pour participer à la campagne « Sauvons la solidarité »

 

Pour terminer cette conférence, un débat entre le public et les intervenants a eu lieu. Plusieurs questions ont été posées, notamment sur l’avenir et les enjeux de BHV, sur la possibilité d’un référendum, sur l’utilisation de l’Histoire par la presse,… Les avis des intervenants étaient en opposition sur certains points mais ont permis de donner plus d’information sur la situation actuelle de notre pays qui est encore le nôtre…

 

A noter, le succès de cette conférence: 132 entrées (sans compter les membres!). Ce qui prouve bien que beaucoup de Belges sont préoccupés par la situation de leur pays!

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Campagne contre la scission de la Belgique

Rédigé par : Céd' classé dans : Archives

Comac Louvain-la-Neuve lance une nouvelle campagne d’affichage pour manifester contre la scission de la Belgique.

Affiche “Ce plat pays qui est/était le mien”

Les affiches visent à inciter les gens à réfléchir sur l’avenir de notre pays et sur les conséquences qu’une scission aurait sur notre vie quotidienne et sur nos avantages sociaux.

Les affiches seront visible toute cette semaine sur la campus de Louvain-la-Neuve, une conférence-débat y fera suite le 22 octobre. A ce sujet, je vous livrerais plus d’informations très prochainement!

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