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Décès d’Albert De Coninck

samedi 9 décembre 2006


Albert De Coninck nous quitte…

Né en 1915, durant une des pires guerres ayant jamais traversé le monde et l’Europe – qui se considérait comme « ÃƒÂ©picentre  » de la terre- Albert De Coninck aura connu nombre de luttes en un seule siècle qu’il aura vu défilé, qui l’aura blessés, parfois humiliés, mais qui jamais n’en aura fait un être replié et vaincu.

Dès l’âge de 17 ans, Albert rejoint le Parti Communiste Belge, alors en disgrâce autant auprès des dirigeants belges – qui n’apprécie guère les soutiens donnés par les communistes aux mineurs et ouvriers encore en difficultés après la terrible crise économique- que de l’URSS elle-même (qui a pourtant installé le second siège de l’Internationale communiste à Bruxelles) déçue aux vues des maigres scores électoraux des communistes belges –qui ne disposaient jusqu’en 1936 que de 2 députés à la chambre (1)- mais se voit souvent congratulé par le Parti Communiste Français (dont le secrétaire général était alors Maurice Thorez). Cet engagement dur, parfois pénible, mais humain et indispensable à la lutte pour de meilleures conditions de vies, pour la lutte contre le fascisme triomphant (Hitler régente l’Allemagne, pendant que Mussolini est maître de toute l’Italie, que l’actuelle Europe de l’Est passe sous la coupe de régimes ultra conservateurs à la botte de Rome et Berlin, et que « Rex  » le parti du futur Général SS Léon Degrelle monte en puissance, au même titre que la Volksunie de Staf DeClerq) vont à jamais marqué le jeune militant.

Proche des petits et opprimés, Albert n’avait pas besoin de le démontrer, c’est ainsi que son départ pour les brigades internationales sera preuve non pas de miséricorde, mais d’une conscience entière envers l’évolution du monde : le régime de Frente Popular de la République Espagnole –dirigé par les réformistes et soutenu par les communistes- élu au suffrage universel et s’attelant à sortir l’Espagne de l’arriération et de la famine, est menacé par une conjuration militaire : Royalistes, catholiques intégristes, nationalistes, phalangistes se groupent en une force désireuse de rétablir l’ancien ordre Monarcho – capitaliste par la force,l’arrivée de soldats et matériels de guerres allemands et italiens n’infléchiront par le régime républicain (2) : la première lutte entre la liberté et le fascisme a commencé.

Seul l’URSS se révèle apte à soutenir le gouvernement légal, mais malgré l’indécision (dans le cas du gouvernement de la France) ou la neutralité complaisante envers les fascistes (dans le cas de celui de la Grande Bretagne) les internationalistes du monde entier saisissent l’importance de ce combat : groupés en brigades internationales, les communistes italiens, français, américains, mexicains,… formeront des renforts de plus de 40.000 hommes (3) pour le gouvernement légitime espagnole : les communistes belges ne sont pas en reste, et le camarade Albert De Coninck sera parmi ses hommes, fusil à la main, la vie en jeu pour la liberté et la paix.

La défaite de la république, et la déconfiture des brigadiste internationales, ne fera pas chanceler Albert dans son combat : la vie et la raison de vivre sont d’une trop grande importance pour qu’il abandonne, malgré cette première défaite face au fascisme, qui annonce une nouvelle ère de violence, comme le monde n’en avait jamais connu, et qu’il espère ne plus jamais connaître.

Lorsque Hitler vient de dépecer la Pologne, a envahit le Danemark en moins de 24 heures et humiliés les armées françaises et anglaises venues aidé la Norvège, la Belgique sait qu’elle ne peut plus se confiner dans une position de perpétuelle neutralité, malgré l’attitude ouvertement angélique des dirigeants d’Outre Quiévrain, ayant rompu l’alliance avec la France en 1936 (4). La mobilisation générale place Albert et tant d’autres camarades sous les drapeaux…la désastreuses campagnes des 18 jours et la capitulation illégale du Roi Léopold III (5) placeront plus de 400.000 appelés sous les drapeaux dans les sinistres camps de concentrations nazis, qui avaient déjà ouverts leurs portes aux communistes, socialistes, juifs et autres « indésirables  » pourtant allemands, mais relavant de crimes contre la nature et la race selon le Führer.

Malgré une marche forcée jusqu’en Allemagne, des ravitaillements réalisés par de seuls concitoyens bienveillants et des conditions de vies inhumaines et meurtrières, beaucoup réussirent à s’enfuir. Albert De Coninck réussira à fuir l’enfer concentrationnaire nazi en 1941, pour retrouver ses camarades dans le maquis. Il sera le commandant de la résistance communiste en Flandre, résistance qui peut compter dans ses exploits la reconquête de la ville d’Anvers, la rendant ainsi intact aux alliés (6), malgré la volonté des allemands de faire imposer la cité portuaire.

La reprise de la vie civile, la reconstruction du pays et la sinistre ambiance de la guerre froide, tels seront les prochaines épreuves qui jalonneront les années d’une longue vie que celle de Albert De Coninck, qui mènera brillamment ces tâches, ses succès lui valant la direction nationale du Parti Communiste Belge.

Le camarade Albert De Coninck est mort ce mercredi six décembre 2006, à l’heure où nos enfants et petits enfants recevaient leurs cadeaux offerts par une des traditions les plus anciennes du plat pays qui est le nôtre, lui a enfin reçu le repos mérité après une vie menée auprès des travailleurs, après de longs combats contre le fascisme et ses avatars de la guerre froide. Malgré la défaite de la guerre d’Espagne et la chute de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, De Coninck fut jusqu’au bout un défenseur de la cause des plus humbles.

A l’heure où des monstres (7) s’apprêtent à rejoindre le même au-delà ,sans avoir été jugé pour leurs crimes –qui sont systématiquement minimisé dans l’espoir de condamner le communisme (8)- il est temps de rappeler le rôle indiscutable joué autrefois et actuellement par les militants communistes.

La vie, la raison de vivre et la dignité de vivre, voilà ce qui fit l’existence de Albert de Coninck.

Puisse-t-il aujourd’hui reposer en paix, la lutte contre le fascisme n’est pas terminée, mais son exemple nous sera nécessaire à la poursuite de ce combat

Martin Feragotto, 8 décembre 2006

Notes et références

(1)il faudra attendre l’élection de 6 députés communistes,en 1936, pour que l’Union Soviétique ré accorde des subsides de l’International au PCB
(2)« La guerre d’Espagne et ses lendemains  » Bartholomé Bennassar - page 84
(3)« Le siècle des communisme  » direction : Alain Blum : page 444
(4)L’alerte général en Belgique a été donnée à 23h45 le 9 mai 1940…soit 6 heures avant les premiers bombardements de la Luftwaffe
(5)Malgré une mobilisation de plus de 600.000 hommes et des réserves au Congo de plus d’un million d’hommes, et des pertes de moins de 5.200 hommes, le Roi décidera d’abandonner, en même temps qu’il reprendre ses titre de Prince allemands de Saxe Cobourg Gotha alors abandonné par le Roi Albert
(6)« 2194 jours de guerre  » Cesare Salmaggi et Alfredo Pallavisini- page 589
(7)Allusion non voilée au Général Augusto Pinochet
(8)Allusion non voilée à Stéphane Courtois






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